Archives mensuelles : novembre 2014

1861 Une cale débarcadère ou un quai ?

Un débarcadère (cale) construit sur l’ancienne jetée de pierres entassées aurait l’avantage d’être plus abrité, mais avec une hauteur d’eau moindre, son coût « y atteindrait un chiffre hors de proportion avec l’importance du port ».
Le point d’accostage qui fait l’unanimité du maire de Plomeur et du plus grand nombre de pêcheurs du pays serait donc situé en face du corps de garde. Ce serait de préférence un quai qui aurait « l’avantage d’offrir un plus grand tirant d’eau et par suite de plus grandes facilités pour l’entrée et la sortie. »

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L’emplacement envisagé près du corps de garde; en haut à droite, la « digue » (débarcadère ou jetée) en pierres sèches (Doc AD 29 4 S 199)

Un projet au rabais

L’astuce, « pour y établir à peu de frais un moyen de débarquement facile », consiste à utiliser comme quai « le rocher naturellement coupé sur une face verticale sur une certaine hauteur, le long duquel pourront se placer les chaloupes ». Il ne reste plus qu’à dérocter « les roches basses qui sont un danger pour l’approche des bateaux et à araser la partie supérieure du rocher pour servir de cale. » Un escalier taillé dans le rocher permettrait de descendre à la grève. « Les produits des déroctages devront être transportées sur la dune, hors de l’atteinte des marées. On aurait peut-être l’occasion de s’en servir pour créer à la pointe une jetée en pierres sèches qui pourrait y résister à la mer. »
Ce projet est estimé à 2300 francs.
En conclusion l’ingénieur ordinaire Guibert se fend d’une nouvelle tirade, un beau morceau de langue de bois :
« Cette dépense, tout à fait en proportion avec l’importance du port du Guilvinec, aurait pour résultat, en rendant l’accostage facile, de créer pour ce petit port, une amélioration notable et dont nous reconnaissons toute l’utilité. »
Ayant reçu l’accord du Préfet après consultation du Conseil général des Ponts et chaussées (section de la navigation) et approuvé par décision ministérielle du 27 avril 1861, cet avant-projet ne sera pas réalisé.

1860 Difficultés d’accostage au port du Guilvinec

Le 26 juillet 1860, une pétition présentée par le Sr Garrec au nom des marins-pêcheurs du port du Guilvinec en Plomeur, est adressée au Préfet du Finistère. But : obtenir l’établissement dans ce port d’une cale pour faciliter aux chaloupes de pêche l’embarquement et le débarquement.
Le rapport de l’ingénieur ordinaire des Ponts et chaussées, chargé de faire un état des lieux et d’argumenter sur l’avant-projet des ouvrages à exécuter, fournit des éléments concrets de description du paysage de l’époque.
« Les pêcheurs de Guilvinec, qui possèdent treize chaloupes qui se livrent à la pêche de la sardine, n’ont en effet dans ce petit port aucun point où ils puissent débarquer facilement. Dans l’état actuel, ils sont obligés de faire accoster leurs bateaux soit le long des rochers abrupts situés en face du corps de garde de la Douane, soit un peu plus haut autour d’une jetée de pierres entassées que les marins eux-mêmes ont faite sur la plage un peu en amont .

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Plan du port en 1860 (doc AD 29 4 S 199)

L’accostage est difficile et les embarcations sont exposées pendant les mauvais temps à de graves avaries faute d’un abri suffisant. »
Autre intérêt de créer des infrastructures portuaires, la situation économique : « Ainsi, l’établissement d’une cale, est-il une amélioration vivement désirée dans ce petit port où il s’est déjà établi une usine pour la conserve de sardines et qui paraît en voie d’extension. »
Mais il ne faut pas s’attendre à une grande réalisation, car « vu le peu d’importance du port , il importe qu’il soit aussi simple et aussi économique que possible. »

La défense de la côte contre les Anglais pendant la Révolution

Dans un article du bulletin municipal « Ar Gelveneg » de 1989, consacré au bicentenaire de la Révolution française, Pierre-Jean Berrou évoque dans plusieurs pages « la défense de la côte ».
« Après l’entrée en guerre de l’Angleterre en février 1793, les habitants de Guilvinec se trouvèrent en première ligne.
On remit alors en activité les batteries côtières, les corps de garde et les mâts à signaux. »
L’historien répertorie plusieurs épisodes qui se sont déroulés dans cette partie maritime de Plomeur :
Le 15 juillet 1793, « Attaque anglaise dans le port par un corsaire anglais à la poursuite d’un chasse-marée. »
Mars 1795 : « Attaque au canon d’un convoi de 50 voiles escorté par 3 frégates de la République au large des Etocs par 3 frégates anglaises. »
Avril 1795 : « Un drame de la mer : La Galathée, frégate de 40 canons de la République, 244 hommes d’équipage traînant en remorque une prise anglaise, fit naufrage sur les Etocs. » (Plus de 200 morts ou disparus)
Fin avril 1796 : « Débarquement sur la Grève Blanche de 3 agents (prisonniers français relâchés) au service des Anglais. Arrêtés par une patrouille, ils finirent par avouer être porteurs d’une lettre destinée à Cadoudal, chef des Chouans du Morbihan. »
Mai 1796 : « Nouveau coup de main anglais dans le port du Guilvinec. Le lougre de 18 canons, l’Ecureuil de Brest, réfugié dans l’anse du Guilvinec, après avoir été canonné par un vaisseau anglais, fut poursuivi par une frégate. Les Anglais y mirent le feu et le firent exploser après l’avoir pillé, sous le regard impuissant des soldats du corps de garde. »
Juin 1799 : « Le corps de garde de Guilvinec fut attaqué de nuit, plusieurs fois, par des « malveillants ». Aucun ne fut fait prisonnier, mais les soupçons du recteur de Plomeur allaient vers « ceux qui ont des enfants émigrés ou qui tiennent à des émigrés. »
La défense du corps de garde fut renforcée par des fusils supplémentaires et une batterie de canons en 1799.  »
D’autres opérations « commando », menées par les Anglais eurent lieu dans le secteur de Penmarc’h à Saint-Pierre, la Joie, Pors Carn ou encore Kérity en 1800.

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Un tableau de Michel Bouquet illustrant ces épisodes : le Vétéran rentrant à Concarneau sous le feu des Anglais (Musée de Brest)

Un autre épisode tragique eut lieu pendant la période napoléonienne :
« Le 7 novembre 1809, une frégate et des péniches anglaises tentèrent de s’emparer du lougre l’« Oreste » qui était sous la protection de la batterie de Guilvinec. Seuls deux canonniers étaient à leur poste. Ils tirèrent sur l’ennemi et voulurent servir les deux pièces. Trop pressés, ils n’écouvillonnèrent pas et oublièrent d’obturer la « lumière », si bien qu’ils eurent tous deux les mains déchiquetées par la déflagration. Cependant, les Anglais, devant le feu nourri qui les avait accueillis, s’étaient éloignés : l’Oreste était sauvé. » (Source http://www.infobretagne.com/glenans-blocus.htm)

Activités de pêche en 1857 à Guilvinec

Un courrier du Commissaire de l’Inscription maritime de Quimper adressé au Syndic des gens de mer à Pont-L’Abbé, daté du 28 novembre 1857  ̶  une des plus anciennes traces écrites conservées en archives (SHD Brest) et concernant l’activité du port  ̶ évoque une demande de création de réservoirs à homards et à langoustes.
Deux marchands de poissons, l’un de Penmarc’h (Rozec-Després) et l’autre de Guilvinec, dénommé Le Cossec (et par ailleurs, cultivateur), ont déposé une demande d’autorisation d’établir des réservoirs à homards et langoustes dans les rochers de la côte.
Les démarches à suivre sont les suivantes :
1. Toute demande en concession d’une portion du rivage pour établir soit un parc soit un réservoir doit être écrite sur papier timbré.
2. Un plan des lieux doit accompagner la demande ; il devra indiquer la position du terrain sollicité, les dimensions sur chaque côté et sa superficie totale ainsi que les diverses voies de communication, édifices et propriétés l’avoisinant. Le plan dira en outre dans quelle commune est situé le terrain dont il s’agit.Ce plan doit être délivré par un ingénieur des ponts et chaussées qui le certifie exact.
3. Les susnommés devront indiquer leur profession et leur domicile et préciser le but exact de leur demande.
Les deux réservoirs de Le Cossec, excavations taillées dans le roc pour y retenir l’eau de mer, auront les dimensions suivantes :
1. un trapèze de 4 m de long, large de 3 m et 2,30 m , 1,50 m de profondeur;
2. un carré de 4 m2 de superficie, 1 m de profondeur.
Ils seront recouverts de madriers espacés de 3 ou 4 cm, scellés dans le rocher et maintenus avec une barre de fer ; une ouverture munie d’une porte-charnière sera pratiquée sur le dessus, dans ces madriers.
Aucun autre document ne permet de savoir précisément où ces réservoirs seront réalisés (le premier à 80 m de la palue, le second à 100 m).
Ceux de Penmarc’h (Rozec-Després) seront situés pour l’un, sur le plateau de rochers dit la petite Poire, près du port de Kérity, à 100 m de la terre (Rectangle de 15 m sur 5), et l’autre sera établi sur le rocher de Loc Carrec, près du chenal de Toulliec à 2000 m de terre (Rectangle de 5 m sur 4).
Le demande de Le Cossec est autorisée par un arrêté du 19 février 1858, « dans des conditions exceptionnelles : la présente autorisation, accordée à titre gratuit et sous réserve de toutes les prescriptions (moins celles relatives aux dimensions et au mode d’installation), ne constitue pas un droit de propriété, mais seulement un usage essentiellement précaire et révocable dont la suppression ne saurait ouvrir au détenteur aucun titre à indemnité.
Il demeure donc entendu que cette autorisation ne saurait comporter avec elle l’aliénation des terrains qui seront occupés par les réservoirs projetés, lesquels terrains continuent de faire partie du domaine public maritime et devront, au besoin, être remis en leur état primitif par le concessionnaire à la première réquisition d’un service public. »

Signé Hamelin
Doc SHD Brest 3P1 28

Guilvinec Le corps de garde

La construction de la criée du port du Guilvinec à la fin des années 1950 vit dans le même temps la disparition du corps de garde, l’un des plus vieux bâtiments de la commune avec le château de Kergoz et la chapelle Saint-Trémeur.

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Carte de la fin du 18ème siècle ( 1771 1785 BNF Gallica)

A partir du début du 18ème siècle et jusqu’en son milieu, les côtes furent équipées de corps de garde en pierre pour se protéger de « l’ennemi qui venait de la mer ». En effet, les pirates et corsaires anglais de Jersey et Guernesey, et parfois des hollandais, ne se faisaient pas prier pour mener des incursions sur certains points de la côte bretonne.

Corps de garde Beg Meil

Modèle de plan de corps de garde (ici celui de Beg Meil)

Lors des guerres avec les anglais, ceux-ci auraient également pu débarquer des troupes ; on construisit donc, pour les prévenir, tout un réseau de batteries côtières et de corps de garde sur tout le littoral pour assurer principalement la protection des mouillages et estuaires.
Dans le Pays bigouden, les corps de garde — répertoriés en 1793 et qui figurent sur la carte Beautemps-Beaupré de 1818, corrigée en 1867 — étaient situés, outre celui du port du Guilvinec (Plomeur), à Kérity et Saint-Guénolé (Penmarc’h), Saint-Oual (Loctudy) et Sainte-Marine (Combrit). Une importante batterie fut également installée à l’Ile Tudy.
Equipés de 2 ou 3 canons, leur service nécessitait 7 hommes encadrés par un sous-officier. Des milices côtières (les hommes du guet) existaient également, appelées par le tocsin qui relayait les signaux sur mâts, consistant en drapeaux annonçant l’arrivée d’un danger par la mer.

Outre la guérite en pierres, celui de Guilvinec comportait également une poudrière (ou magasin à poudre) et un jardin. Son chef, Jean Courrier, était assisté de 5 canonniers.

Le 19 décembre 1856, l’ensemble fut remis aux domaines par décision du Ministre de la Guerre pour être affecté au service des Douanes.

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Carte postale du début du 20ème siècle; le corps de garde réaménagé est le bâtiment blanc au centre; au fond, l’Abri du marin nouvellement construit (Doc AD 29)

Contrairement à la norme (toits en dalles de granit – qui avaient peut-être disparu?), il était couvert d’un toit en chaume jusqu’en 1879, date à laquelle il fut agrandi et couvert en ardoises pour le service des Douanes, lors de la création du terre-plein de stationnement des voitures (charrettes ou chars à bancs) qui transportaient le maquereau à la gare de Quimper.

On a retrouvé l’Hermione

L’Hermione vient de refaire surface à Brest; après des essais en mer, elle est revenue deux fois passer le week-end au pied du château dans la Penfeld.

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Après s’être mise en attente face à Roscanvel, elle devrait bientôt faire route vers Rochefort, son port d’attache.