Sommaire 4 Édito 5 Nature L’ibis falcinelle, Des marais camarguais aux paluds bigoudènes 6 Les femmes marins pêcheurs de l’Île-Tudy au XIXe siècle 14 Louis Auffret Patron du canot de sauvetage de Saint-Guénolé 22 La langoustine, l’or rose du Pays bigouden 30 L’Atelier Boem de Françoise Kerjose 35 La sonorité de Lesconil Des enquêtes scientifiques internationales à Lesconil 42 Musée Bigouden Les collections s’enrichissent 48 La photo commentée 49 Hommages 50 Lectures
Juillet-décembre 2025Brest, le Finistère & l’Espagne
en couverture : Quête au profit des enfants de réfugiés espagnols, 14 juillet 1937 Archives privées René Plé
Contacts & infos : societe.etudes29@gmail.com Numéro en vente 25 € à la Librairie Dialogues (280 pages couleurs) 33 € (port compris) sur le site de la SEBL
Présentation de la revue à l’Hôtel de Ville le 8 décembre 2025 en présence d’une douzaine d’auteurs et de Fortuné Pellicano, adjoint au maire de Brest. (Photo Fañch Olier – SEBL)
GUENGANT Jean-Yves – Portfolio – Les arbres, témoins de l’histoire brestoise
BEDRI Hervé – La nature dans la ville : le cas de Brest
OLIER François – Les bastides de Kervallon – Aux origines, 1686-1835 : habitat, jardins et terrasses
CISSÉ Gérard – De la batterie Filley au Jardin des explorateurs
CARDINAL Gilles – Le jardin de la laïcité à Recouvrance – 1905-1908
HASLÉ-LE GALL Brieg – Les jardins de Monsieur Mathon
HUDIN Stéphanie avec BUORD Stéphane et MAGNANON Sylvie Le Conservatoire botanique national de Brest – 50 ans au service de la flore Une aventure humaine et scientifique
KERFEUNTEUN Gurwann – Le jardin Marie Rosenbaum
PÉRON Claude – Le Clos de la Recouvrance : un lieu, des arbres, du bois et un bateau
HASLÉ-LE GALL Brieg – Autant en emporte le vent : le parc d’Éole
BEDRI Hervé – Brest, jardins de marins ou de femmes de marins ? Approche ethnographique des pratiques de jardinage de militaires de la Marine nationale
PHILIPPOT Jacques – Genèse du Jardin Extraordinaire de Brest
Autour du thème
LE CHOIX DE LA RÉDACTION
CHAURIS Louis – Un curieux exemple de polylithisme : le manoir de Keroual en Guilers (pays de Léon)
Loïk Saliou (1943-2025), professeur d’histoire-géographie honoraire, membre du conseil d’administration de la Société d’Études de Brest et du Léon, contributeur des Cahiers de l’Iroise vient de nous quitter. Cet homme savant, généreux et curieux va nous manquer.
Loïk Saliou (Photo Collection familiale)
Les CCQ de Lambézellec et des Quatre-Moulins
Le projet « Capucins »
J’ai fait sa connaissance en 2008, en intégrant le Conseil Consultatif de Quartier de Lambézellec. Nous allons surtout travailler ensemble dans le cadre d’une commission inter-quartiers chargée de définir des propositions pour le devenir du site des Capucins, cédé à la Ville par la Marine nationale.
Dirigée par Annick Cléac’h et Jacques Quillien, animée par Grégory Guérin et une équipe des mairies de quartier de la rive droite, cette commission consultative va se réunir régulièrement et produire des contenus et des actions à mettre en place pour ce futur «Centre d’interprétation de la mémoire ouvrière et maritime de Brest». Une expérience riche qui va déboucher sur des amitiés et des collaborations qui vont s’inscrire dans divers projets, et encore jusqu’à aujourd’hui.
Ainsi, Loïk, Fred Le Duff, Jean Louboutin et moi-même avions constitué une sous-commission très active. Lorsque la restitution des travaux a eu lieu, signant la fin de l’aventure, nous nous sommes dit qu’une dynamique était née et qu’il fallait aller plus loin et la prolonger à notre niveau, dans les quartiers.
De là est née l’idée d’une rencontre au travers de randonnées inter-quartiers, telle celle, triple, que nous avons organisée pour les cinquante ans du quartier de Bellevue. Dans le même esprit, un projet de randonnées à thèmes a été mis noir sur blanc et transmis au service Patrimoines de la Ville (qui s’en est probablement inspiré pour les Balades en Ville du mardi soir).
Le petit train de Lambé
En 2012, Loïk sera, avec Annick Cléac’h, la cheville ouvrière d’une commission du conseil consultatif de quartier (CCQ) de Lambé chargée de présenter une exposition intitulée «Quand le petit train passait à Lambézellec». Son but : faire revivre le patrimoine local en partant sur les traces du petit train départemental, en activité jusqu’en 1947.
Après avoir enquêté pendant un an et demi, ils racontent l’histoire du petit train, son réseau, ses infrastructures et la nostalgie qui subsiste dans les mémoires des anciens. L’année même du lancement d’un tram à Brest, cette exposition fait sens en reliant le passé, le présent et l’avenir. Elle s’inscrit aussi dans le cadre des Journées européennes du patrimoine.
Quelques membres du CCQ de Lambé lors du vernissage de l’exposition photo intergénérationnelle (MDQ Kérinou/Ferme Jestin – EHPAD de Lambé et Foyer Horizon des Papillons blancs) – Photo Gaby Carval
Retrouvailles, de «Lambé aux 4-Moul»
En 2014, lors du renouvellement des CCQ, nous nous sommes retrouvés, Loïk et moi, pour diverses raisons, au CCQ des Quatre-Moulins. Au menu, balades patrimoine à Recouvrance, aux Quatre-Moulins et Kerbonne ainsi qu’à Quéliverzan. Nous avons essayé, avec une petite équipe de passionnés, de faire connaître aux habitants (et aux autres) l’histoire de leur quartier en marchant.
Loïk et deux bénévoles du CCQ des Quatre-Moulins sur le quai de Recouvrance lors des Fêtes maritimes de Brest 2016
Balades et Label Ville d’Art et d’Histoire
Et logiquement, lorsque la Ville de Brest a mis sa candidature au Label sur les rails, nous nous sommes retrouvés dans une commission inter-quartiers d’environ trente personnes issues des CCQ. Sa principale réalisation : les balades «Elle est où la mer ?» organisées lors des journées du patrimoine en septembre. Loïk répondait toujours pour plaisanter : «Tais-toi et rame !»
En fait, ces balades différentes, créées de toutes pièces, hors des sentiers habituels, ont permis aux participants d’explorer de manière originale le front de mer brestois, les rapports entre la terre et la mer et leur évolution.
De Saint-Marc à Océanopolis, du Guelmeur au Monument américain, du jardin de l’Académie de marine à celui de Kerbonne ou encore sur le tracé de «balcons sur la Penfeld», elles ont réuni quelques centaines de personnes, enchantées de découvrir leur ville d’une manière nouvelle.
C’est aussi un des éléments, l’animation par des citoyens s’impliquant collectivement pour mener des projets de découverte du patrimoine dans l’espace public, qui ont été pris en compte par le Ministère de la Culture pour attribuer à Brest son label Ville d’Art et d’Histoire. Notre «noyau dur», avec Jean Louboutin, Bernard Monot, Jean-Luc Déniel, Dominique Autret, Philippe Saget et j’en oublie, très impliqué dans l’organisation, est très fier de ce résultat.
Loïk, qui a été pour nous une personne-ressource précieuse, y a largement contribué pour les bases historiques et le tracé des balades sur le terrain. Toutes les informations concernant les balades et le label ont été publiées par nos soins sur le site Wiki-Brest (Voir ci-dessous).
L’Université du Temps Libre et son groupe de recherches.
Autre association, autre projet, l’UTL de Brest va nous permettre, durant deux années, de 2010 à 2012, de faire connaissance au travers d’une activité d’écriture menée par un étudiant, Samuel Guillemot (devenu depuis Maître de conférences).
Loïk et Michelle Saliou (Photo Collection familiale)
Une première production
Quelques années plus tôt, en 2009, avant la métamorphose totale que va connaître le plateau des Capucins, le groupe de recherches de l’association finistérienne des Universités du Temps libre s’est penché sur son passé. Ce travail de trois années et demie de recherches aux Archives (Brest et marine), a donné naissance à un livre intitulé «Capucins… vous avez dit Capucins?». Huit bénévoles, dont Loïk et Michelle, ont participé à la restitution de cette mémoire, avec l’aide de Philippe Jarnoux, (UBO) et Christine Berthou-Ballot (Ville de Brest).
Un livre : En quête de mémoire
Dès 2010, l’AFUTL remet ça en proposant aux UTL locales de mener, sous la houlette d’un étudiant qui prépare une thèse sur le sujet, un travail d’écriture sur le récit de mémoire. Brest (Odile Kucharski, Anne Quiniou, Marie Yvonne Le Meur, Henri Moreau, Loïk et Michelle Saliou, Claude P) et Morlaix s’engageront dans le projet, avec le soutien éclairé de la sociologue Anne Guillou.
Une fois le projet défini et les thématiques d’écriture choisies, nous nous retrouvions une matinée par mois à l’ancienne école Langevin, après avoir transmis par e-mail nos productions aux autres participants. Il ne s’agissait alors pas de « critiques », mais de réécriture collective dans un esprit constructif.
Au bout d’une année, le groupe avait produit un bon nombre de textes et une réunion d’échanges avec le groupe de Morlaix a été organisé au gîte de Luzec, chez Anne Guillou. Dans la foulée, après choix des textes à publier, le recueil de ceux-ci, intitulé « En quête de mémoire » (clin d’œil au « Quêteur de mémoire » de Pierre-Jakez Hélias), sera mis en pages par Samuel Guillemot et imprimé chez Cloître à Saint-Thonan.
Saint-Thonan où nous nous réunirons une dernière fois avec les morlaisiens pour un repas au bourg, le jour de la remise des livres et une visite de l’imprimerie. L’ouvrage sera vendu en auto-édition aux adhérents de l’UTL (près de 800 exemplaires à Brest, un vrai succès).
Entrée au CA de la SEBL
Le 9 mars 2017, lors de l’assemblée générale de la SEBL, Loïk et moi-même sommes élus au Conseil d’Administration. D’autres collaborations vont se nouer dans un autre cadre avec d’autres personnes et un projet déjà ancien en perpétuel renouvellement !
Une exposition à Briec de l’Odet
En juillet 2019, Loïk et Michelle m’avaient fait le plaisir de répondre à une invitation de vernissage, comme de nombreux amis brestois amateurs d’art photographique ou d’histoire religieuse. Cette exposition d’une vingtaine de photos intitulées « Matière à réflexions » était le résultat d’une complicité avec Gérard Ferrec et la famille Trellu, propriétaire de la chapelle Saint-Sébastien depuis plus de deux siècles.
Loïc Loussouarn (marin-pêcheur-poète) et Catherine, Gérard Ferrec de dos, Loïk et Michelle
Loïk, à l’œil averti en matière d’art, avait flashé sur une œuvre qui a vite pris la route de son salon. Un bon choix, ma foi !
Merci Loïk pour tous ces instants partagés, de sympathie et de compétences construites ensemble. Ta discrétion n’avait d’égale que ton souci d’apporter ta pierre à l’édifice commun.
En août 2015, j’ai eu le plaisir et le grand honneur d’accueillir l’Hermione lors de son arrivée à Brest après avoir traversé l’Atlantique nord.
Aujourd’hui, dans sa rubrique « Un jour en mer », Christophe Agnus reprend une image de cette série réalisée dans le goulet de Brest sur un zodiac presse, et que j’ai publiée le jour même sur Wikimédia Commons.
Merci à lui et au Télégramme (pour une fois — c’est rare dans mon cas — le nom de l’auteur est cité) !
VOL DE DEUX OIES. — Le 12 courant au matin, Mme Riou, cultivatrice, habitant à Kerhervé-Vian, en Loctudy, constatait avec stupéfaction que deux belles oies de sa basse-cour, l’une grise et l’autre blanche, d’une valeur de 50 francs, avaient disparu pendant la nuit et que sur six volatiles de cette espèce qu’elle possédait il ne lui en restait en tout et pour tout que quatre. Elle alla conter sa peine à la gendarmerie non sans indiquer aux gendarmes qu’il y a deux ans environ elle avait été victime d’un vol identique de 4 oies de la part d’un nommé Le Pape, de Stang-ar- Goff.
Les gendarmes se rendirent aussitôt au domicile du nommé Le Pape.
« Au nom de la Loi, ouvrez ! »
Celui-ci nia énergiquement être l’auteur du vol, mais comme une certaine quantité de duvet et quelques os de volaille traînaient dans la maison de Le Pape, il dut avouer, en présence de ces pièces à conviction, qu’il était bien l’auteur du vol. Mais …
« Trop tard, la l’oie, elle est dans la marmite ! »
En revenant de Lesconil, dit-il aux gendarmes, j’ai eu l’idée de prendre deux oies dans la cabane où il y a deux ans j’en avais pris quatre et que je connaissais bien. C’est le manque d’argent et la faim qui m’ont poussé à commettre ce vol. Le récidiviste a été appréhendé.
La Dépêche 19 août 1936
Les intertitres sont de mon grand-père Jean-Marie Kerdranvat (1906-1979)
Les «Chemins Bleus», c’est une complicité entière entre l’auteur de cette biographie, rédigée de main de maître par Frédéric Jambon, journaliste retraité très expérimenté, et son sujet, l’acteur d’une vie déroulée dans ce livre, Dan ar Braz.
Tout comme Alan Stivell, Gilles Servat, Denez Prigent (j’attends avec impatience sa bio) ou encore les Sonerien Du (soyons un peu bigoudéno-chauvins), Dan a accompagné plus de 50 ans de ma vie culturelle et musicale.
Sa grande capacité à créer des concepts innovants pleins de sensibilité, d’émotions et de créativité m’a ouvert des horizons musicaux encore inconnus. Mettant son feeling de guitariste au diapason de son génie de compositeur, fédérant des équipes, il a initié des projets personnels et collectifs venus enrichir notre culture musicale et qui resteront gravés à jamais dans un patrimoine breton sans frontières.
Pas besoin de détailler plus. Je vous conseille de vous plonger dans la lecture des «Chemins Bleus». Si vous connaissez déjà Dan, vous dégusterez les textes comme une bonne recette qui a fait ses preuves. Si vous ne savez pas qui il est et quel est son parcours, vous allez obligatoirement en ressortir convaincus ou du moins très curieux de goûter ce qu’il vous propose. Et, parole de connaisseur, je vous assure que vous ne serez pas déçus par le menu (à 25 euros), copieux et qualitatif à souhait.
Bonne lecture.
«Chemins Bleus» est édité par Coop Breizh
Rencontre dédicace à Dialogues Musique Brest Photo Frédéric Jambon