Cahiers de l’Iroise, un hors-série “Fortifier brest”

Illustration : La machine à mâter et le château de Brest au cours des années 1780 par Patrice Pellerin, auteur de la série de bande dessinée L’Épervier
© Patrice Pellerin 2022 

Sommaire

  • DERRIEN Dominique – Éditorial
  • GALLIOU Patrick – À l’origine de Brest : la grande fortification romaine d’Osismis
  • COURANT Hugues – Défendre Brest et sa rade au XVIIIe siècle, sources municipales
  • BESSELIÈVRE Jean-Yves – La grande machine des travaux de Brest
  • BARON Bruno – La milice bourgeoise brestoise à Brest : une organisation paramilitaire et de prestige (de la fin du XVIIe à la Révolution française)
  • HASLÉ-LE GALL Brieg – Brest fortifiée vue par Patrice Pellerin
  • CARDINAL Gilles – Les remparts de Brest pour cimetière
  • JADÉ Patrick – Le pittoresque face à l’histoire : retour sur les moyens d’accès à l’îlot fortifié de Bertheaume
  • CARDINAL Gilles – Les escaliers du cours Dajot
  • et votre rubrique habituelle Voir et Lire

Pour plus d’informations et pour commander la revue, le site de la SEBL

Krakeanopolis

Poulpe à Océanopolis (Photo Claude Péron)

Le Kraken

Sous les agitations de la surface,
Loin, loin, dans le calme des abysses,
Enveloppé de son très vieux sommeil sans rêve,
Repose le Kraken.
De faibles reflets de lumière
Frôlent ses flancs ténébreux.
Des éponges géantes, millénaires,
L’entourent.
Dans la pénombre des cavernes infinies,
D’énormes poulpes
Démêlent de leur bras la verte statuaire.
Il s’y repose depuis les premiers âges
Et toujours monstrueusement grandit,
Dévorant d’immenses vers marins,
Jusqu’à la Fin des Temps, le dernier incendie,
La rouge Apocalypse.
Alors, pour la première fois,
Il sera vu des hommes et des anges.
Il se réveillera dans l’horreur pourpre,
Il montera à la surface
Et y mourra.

Alfred Tennyson, 1830

Kenavo Jakez Cornou

A la maison de la baie d’Audierne en 2018 (Photo Claude Péron)

Plus de 45 ans de souvenirs me relient à cet homme qui vient de nous quitter cette semaine. Il y a peu, il me rappelait que lui, le Brestois de naissance, avait passé plus de la moitié de sa vie en Pays bigouden et que moi, né à Pont-l’Abbé, avais parcouru le chemin inverse et avais également passé plus de la moitié de ma vie à Brest.

Mais ce serait un maigre argument que de dire que c’était le seul point commun entre nous. La géographie et la vie qui nous mène à un endroit que l’on ne quitte plus sont des paramètres qui nous échappent. Jakez, lui, s’est véritablement ancré dans le Pays bigouden. Il s’y est tellement investi qu’il est difficile pour un observateur averti de parler ou d’écrire sur les Bigoudens sans citer son nom.

Pour le jeune normalien que j’étais, de 1969 à 1973, et qui suivait ses cours à Quimper, Pierre-Jakez Hélias a été en quelque sorte un « père spirituel ». Il joué le rôle de déclencheur en matière de “conscience bigoudène” mais de manière plutôt abstraite et globale, sans repère vraiment précis. Jakez Cornou a, quant à lui, été aussi un « père spirituel », mais plus dans la mise en œuvre active de cette matière bigoudène que Hélias avait su si bien décrire.

En outre, avec Pierre-Roland Giot, Jakez a ajouté un volet scientifique de première importance sur l’Histoire du Pays bigouden. Ensuite, il a continué de la populariser par l’intermédiaire de ses propres publications, permettant aux habitants de s’approprier par la connaissance leurs modes de vie passés et présents. Ses enquêtes dans les bureaux de vote sur les bigoudènes en coiffe ont permis une perception fine de l’évolution de leur nombre, un travail tout à fait original.

Serge et Jakez lors d’une sortie Cap Caval (Photo Claude Péron)

Mais ce n’est pas tout : avec Serge Duigou et quelques autres, Jakez a créé un espace de coopération où tous, historiens, spécialistes et acteurs locaux, ont pu présenter le meilleur de leur vision du patrimoine bigouden : la revue Cap Caval était lancée, mais aussi les balades sur le terrain commentées par nos deux compères — et, selon le lieu ou le thème, une ou deux personnes-ressources — en complément de la publication écrite.

Connaissant des hauts et des bas, la revue Cap Caval, avec une équipe renouvelée aujourd’hui, a maintenu le cap de départ, toujours en mouvement pour partager le meilleur du Pays bigouden.

Cet esprit, que Jakez a su insuffler, ne peut qu’illustrer concrètement ce que disait Hélias : « Hep dec’h hag hep warc’hoazh, hiriv ne dalv netra. » (Sans hier et sans demain, aujourd’hui ne vaut rien.) On peut objectivement penser que cet esprit lui survivra encore longtemps.

A Kerlan Plonivel, lors d’une sortie Cap Caval, le 14 mars 1993 : Jakez et Claude en grande discussion pendant que Serge dédicace. (Collection Serge Duigou)
A Loctudy, lors de la visite d’un souterrain de l’Age du fer (découvert par Marcel Stéphan à Kermenhir). (Photo Claude Péron)

Pour en savoir plus, la page Wikipédia de Jakez

Ar Vro Bagan e Meneham

Ar benseerien

Savet eo an abadenn-mañ diwar pezh-c’hoari Tangi Malmanche, Ar Baganiz, bet c’hoariet alies gant Ar Vro Bagan, e brezhoneg koulz hag e galleg. E 1954 e krog an istor : un toullad bugale a zo deut da dremen an hañv e Brignogan, e trevadenn-hañv Renault.

Emaint o pourmen e kêriadenn Meneham, e Kerlouan. Gwelet a reont merc’hed o lakaat bezhin da sec’hañ, pesketaerien o tont eus ar mor. Dre d’ar mare-se emaer o filmañ ar pezh-c’hoari Ar Baganiz en terouer.

Mont a ra ar vugale da sellet ha da c’hoari er film zoken. Gwelet a reer ul lodenn eus ar pezh-c’hoari dirak an tiez kozh : an ostaleri, ar c’hazarn, an tiez kuzh-daol, ti-soul Job Salou.

E 1681 e tremen istor Ar Baganiz : nevez embannet eo lezenn ar Mor gant Colbert. Difenn eo, hiviziken, kemer ar peñse deut gant ar mor, ha barnet d’ar marv an neb a raio tan da lakaat al listri d’ober peñse. Gwall-amzer a zo, ul lestr saoz a zo en argoll. Petra a raio ar Baganiz, mitio ?

Evit gouzout hiroc’h, lec’hienn Ar Vro Bagan

L’île aux artistes

J’avais lu quelque part qu’il existait, sur la côte du Pays des Abers, une île connue pour accueillir régulièrement des artistes. De quoi attiser ma curiosité ! Mais, un peu incrédule, comme Saint-Thomas, il m’a fallu me rendre sur place pour vérifier l’information. Comment un caillou, ponctuant cette côte, comme des dizaines d’autres disséminés en vrac par une main géante dans cette mer inhospitalière pour les marins, pourrait-il accueillir des artistes et leurs œuvres ?

C’est à un véritable jeu de piste à la Sherlock Holmes que je me suis livré pour aboutir à une découverte majeure. Pour en savoir plus, je vous propose de refaire avec moi le trajet qui m’a mené jusqu’à ce lieu de lumière, magnifique et magnifiée, où des artistes se sont amusés, comme les grecs anciens, à écrire avec de la lumière.

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Mille mots pour un guillemot

Au bon souvenir de mes amis, Mich et Claudine et Yvon

Cette photo, je n’ai eu aucun mal à la prendre ! Et comment ! L’oiseau ne bougeait pas ! Et j’avais mon matos, prêt à mitrailler ! Pas comme ce dimanche de printemps où un facétieux guillemot avait décidé de nous narguer au bout de la digue Lapérouse. Aucun de nous n’avait ni appareil photo, ni téléphone qui aurait pu faire l’affaire …

L’oiseau, sans doute échappé de la réserve du Cap Sizun, ou d’autres falaises locales proches de la rade de Brest, avait trouvé refuge et — probablement — nourriture ici, le gîte et le couvert, quoi ! Comme disait Pierrot la Tendresse, une jolie colonie de vacances !

Pendant une dizaine de minutes, le guillemot en question, puisque c’est son nom, de Troïl même, d’après les spécialistes, nous a régalé d’un véritable spectacle, un numéro de comédien bien huilé, sortant à la verticale de l’eau pour se pomponner à coups de becs dans les ailes qu’il agitait en cadence pour éliminer tout ce qui pouvait être parasites et autres salissures, le tout à moins de dix mètres des animaux à deux pattes, perchés sur le béton, ébahis par la prestation. Un véritable ballet aquatique spontané, à côté duquel certains spectacles payants avec des oiseaux dressés pourraient “aller se rhabiller” !

Cet épisode restera dans la légende et les souvenirs, avec les regrets que vous savez maintenant, de ne pas avoir pu immortaliser la scène. Je m’arrête là, car comme le titre le dit, j’aurais pu trouver mille mots pour la raconter, mais je les réserve à mes amis.

Les cinquante ans des Sonerien DU

Gilles Simon vient de commettre un ouvrage très complet, bien illustré par des photos d’archives, sur les cinquante ans de « carrière » du groupe « Sonerien DU » (Éditions AGLD – Roland Chatain). L’auteur y retrace avec précision les différentes étapes de la vie du groupe de « sonneurs du Pays bigouden », les DU en raccourci. Sa lecture permet aisément de comprendre les différentes évolutions qui ont eu lieu au fil des années, avec le passage au professionnalisme, le départ ou l’arrivée de certains musiciens.

Éditions AGLD

Roland Chatain, Route de Kerigou, Kermatheano, 29120 Plomeur 06 33 25 11 21

A moitié-route (logo Fanch Le Hénaff – affiche collection CL P)

Cependant, il y aurait probablement « moyen » d’en rédiger un deuxième volume, en interrogeant les « fans », les amateurs de festoù-noz, les organisateurs, les journalistes, etc … avec un corpus de témoignages « venant d’en bas » et qui contribueraient, j’en suis certain, à encore mieux connaître l’essence du phénomène DU, sans rentrer dans la sociologie pure et DUre, mais pourquoi pas, après tout ? Je vous livre ici un certain nombre de souvenirs qui restent gravés dans ma mémoire.

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