Photo concept

Une pratique photographique au service de l’ouverture du regard

La base première de la communication du photographe avec son public ne passe pas par un discours, il propose des images à faire découvrir.

Pour les fabriquer, il va jouer avec un certain nombre de variables (lignes, surfaces, contrastes, harmonies ou oppositions de couleurs, jeux d’ombres et de lumières, mise en forme des graphismes et structures).

Objectif :
une recherche picturale

  • qui essaie de rendre esthétiques des objets banals (ces images appartiennent toujours à notre quotidien)
  • qui se propose de créer une ambiance, faite d’une part de mystère et de secret
  • qui « fabrique » des paysages purement virtuels

L’ ouverture du regard :
Par conséquent, ces photos font appel à l’imagination et à la sensibilité du spectateur qui peut se fabriquer lui-même sa propre abstraction, non pas en se servant d’un code préétabli, mais avec ses émotions, sa sensibilité, sa culture d’image.

Matière à Réflexions

Ce n’est pas la réalité qui l’intéresse, du moins celle que nous prenons pour la vraie: visages, paysages, objets familiers, beauté  ou désastres des corps, cris ou chuchotements dans la solitude…. Il ne se veut ni géographe, ni géomètre, ni sociologue, ni journaliste, il ne s’attendrit ni ne se révolte, il s’absente du monde défini par ses limites et son opacité, il ignore le temps des horloges et il oublie l’homme tel qu’il croit se voir et se connaître, mais c’est pour mieux les retrouver à travers leurs reflets mobiles et énigmatiques sur l’eau.
A la manière des enfants jouant avec les formes fantasmagoriques qu’ils provoquent dans une mare ou des vieillards oisifs qui ressassent leurs lointains souvenirs dans des rêveries sans fin.  Ou des poètes qui savent que Narcisse est moins mystérieux et moins séduisant que son image reflétée par la rivière.

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Qui est-il? Un peintre abstrait? Un photographe d’impressions? Un musicien nonchalant et délicat faisant entendre les vibrations silencieuses que produisent les jeux de l’ombre et de la lumière, les tourbillons et les taches, les lignes et les masses? Ou tout simplement le lecteur émerveillé d’un fastueux livre d’images composé par la nature elle-même avec la complicité du hasard ?
Matière à réflexions, dit-il? Et s’il nous proposait plutôt une réflexion sur la matière, tant celle-ci, subtilement pétrie d’eau et de lumière, nous apparaît à chaque fois toujours la même et toujours changeante, familière et étrange, paisible et inquiétante, insaisissable et inidentifiable à l’image de cet homme ondoyant et divers qui la regarde, parcouru lui aussi à son insu de ces mouvements indéfinissables qui selon Nathalie Sarraute glissent très rapidement à la surface de sa conscience.
Il faut se méfier de ces flâneurs de bords de rivière ou de mer qui, prenant leur appareil photo pour un kaléidoscope, comprennent tout simplement « qu’il y a le bleu, le rouge, les arcs-en-ciel, les images, les bâtons de feu, l’enfer, la volupté, la mort… »
Profondeur des surfaces où dansent des hiéroglyphes….

Yves MORAUD
Directeur de la Mission Culturelle
de l’Université de Bretagne Occidentale BREST

(Texte écrit à l’occasion de l’exposition « Matière à réflexions »,

en janvier 2001 à la faculté Victor Ségalen, BREST)

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