Archives mensuelles : février 2015

Le manoir de Kergoz

A l’entrée du Guilvinec, un quadrilatère de vétustes murailles enveloppe l’ancien manoir de Kergoz, que signale de loin le colombier à calotte de pierre posé au-dessus du portail.
La principale originalité du manoir réside dans ce pigeonnier du XVIème siècle, construit au-dessus du porche de la cour seigneuriale, qui atteste l’appartenance du maître des lieux à la noblesse. La calotte de pierre qui protège le sommet et les boulins par où entrent les pigeons est parfaitement conservée. Cette tour-colombier surplombe les remparts et prend de loin l’apparence d’un donjon, complétant ainsi l’allure de maison forte du manoir.
A l’origine, le manoir de Kergoz exposait aux navires ses fortifications propres à décourager d’éventuels pillards. Par la suite, l’enceinte est devenue une protection contre les curieux et non une fortification, même si l’une des deux tours élève ses créneaux et ouvre ses archères.
La tour ouest, surélevée au XIXème siècle est crénelée et couronnée de mâchicoulis , mais une fenêtre renaissance en montre l’aspect ornemental.
Le bâtiment central est le reste d’une demeure seigneuriale dont la façade, modifiée à la suite d’un incendie, montre de larges ouvertures assez récentes; il possède une porte ogivale ornée d’une accolade fleuronnée et des acrotères sur le toit qui confirment son ancienneté. À l’intérieur, un escalier de pierre en colimaçon monte jusqu’aux combles.
La porte avec pigeonnier et le mur d’enceinte, datés du XVIème siècle, sont inscrits aux Monuments Historiques par arrêté du 11 mai 1932.

guilvinec-30

Doc Fonds Villard SDAP 29

Kergoz, une seigneurie ancienne

Le seigneur du lieu possède toutes les terres du Guilvinec, fermes et moulins. Le toponyme kozh, vieille demeure, suggère une origine lointaine et des constructions successives sur le même site.
Yves Tanneau liste les diverses mentions faites dans plusieurs documents anciens évoquant Kergoz et ses propriétaires :
En 1380, d’après Ogée, dans son « Dictionnaire historique et géographique de Bretagne, plusieurs manoirs existent à Plomeur. L’un d’eux, noté « Kercoez », serait l’édifice primitif établi à cet endroit.
En 1426, on retrouve un manoir de Kergoz appartenant à Alain Pénanlen (Réformation des terres nobles).
En 1481, un seigneur de Kergoz se présente à la revue de la noblesse de l’Evêché de Cornouaille ; il s’agit de Jehan Bennélen.
En 1536, les seigneur et dame de Kergoz se nomment Christophe de Kermoguer et Susette Kergoët (aveu au roi pour cette terre).
En 1645, Guy Autret de Missirien habite « l’hermitage de Kergoz » et y tient son « ménage d’été ». Il vend sa propriété en 1653 à Prigent de Kerlech, sieur de Kergadio. Kergoz passe ensuite à Hamon le Jacobin, sieur du Dourdu en Plougoulm, sénéchal de Léon (1670), puis à la famille de Derval (1693) jusqu’à la Révolution.
Pendant la Révolution, la famille de Derval y vit de ses terres à la belle saison. Le fils, Joseph, officier dans l’armée royale, émigre en Angleterre puis débarque à Quiberon (Morbihan) avec un corps expéditionnaire. Arrêté par les troupes républicaines de Hoche, il est fusillé. Le manoir reste propriété noble jusqu’en 1795, avant d’être vendu avec ses dépendances comme bien national à Y. Daoulas, armateur et négociant.
Le manoir est devenu propriété communale en date du 15 mars 1949.

Sources :
Yves Tanneau « Plomeur dans l’Histoire » CRBC D – 01453 – 01 et 26
Yves Tanneau Revue « Dialogue » mai 1975
http://fr.topic-topos.com/patrimoine-le-guilvinec
http://www.monumentum.fr/manoir-kergoz-pa00089991.html
Pierre-Jean Berrou (site officiel http://www.leguilvinec.com/)
http://www.infobretagne.com/guilvinec.htm

Guilvinec 1880, création d’une commune

Création cne GV 01

Le 6 avril 1880, la commune de Guilvinec est créée. Comme on peut le constater, « Le Guilvinec », appellation traduite directement du breton « Ar Gelveneg », nom du village primitif, situé quelque part entre Tal ar Groas et Ruhaor (cf ci-dessous cadastre de Plomeur de 1833), n’est pas la dénomination officielle de la commune. Ceci est confirmé par le site officiel de l’INSEE et par Wikipédia.

 Cadastre Plomeur 1833 Guilvinec

Document AD 29 Conseil Général du Finistère

Guilvinec 1880, naissance d’une commune, préliminaires

12 AOUT 1879
L’an mil huit cent soixante dix neuf, du mois d’août, le conseil municipal de la commune de Plomeur assisté conformément à l’article 42 de la loi du 18 juillet 1837, des plus imposés en nombre égal à celui des membres du conseil municipal en exercice et ne formant qu’un seul corps delibérant, se sont rassemblés au nombre de trente sept au lieu ordinaire des séances du conseil municipal sous la présidence de Monsieur Le Corre, maire de cette commune. Etaient présents : Membres du conseil municipal, Messieurs Le Corre, maire, Jézéquel, adjoint Volant Sebastien, adjoint Souron, adjoint Pape, Bargain, Volant Pierre, Péron, Guéguen, Brun, Tanneau, Le Roux, Larnicol, Quénet, Stéphan Corentin, Tanneau, Gloaguen, Le Cléac’h, Brun, Le Breton, Stéphan Pierre, Le Rhun.
Plus imposés, Messieurs
De Pascal Hippolyte, Corre Mathias, Guirriec Pierre, Tanniou, Allard Justin, Plouzennec Yves, Bec René, Kernaflen Jean-Marie, Diascorn Louis, L’Hénoret Noël, Andro Rolland, Derrien Georges, Quetot Pierre, Coupa Yves, Cariou Jean.
Lesquels forment la majorité et peuvent délibérer valablement en exécution de la loi du 5 mai 1855.
Monsieur le Maire, président du conseil ayant ouvert la séance et fait appel nominal, il a été procédé à l’élection d’un secrétaire en conformité de l’article 10 de la loi précitée. Monsieur Souron ayant obtenu la majorité des suffrages a été désigné pour remplir ces fonctions qu’il accepte.
Ces formalités remplies, Monsieur le Maire a donné lecture de la lettre de Monsieur le Préfet en date du 31 juillet dernier, le priant de soumettre au conseil municipal assisté des plus imposés, les diverses pièces du projet d’érection en commune de la section du Guilvinec, notamment le procès verbal d’enquête et l’avis du commissaire enquêteur, du procès verbal d’enquête des 21, 22 et 23 juillet dernier constatant que 11 habitants de la section du Guilvinec se sont présentés devant Monsieur le commissaire enquêteur et ont demandé que la section entière du Guilvinec fut érigée en commune et que seize habitants de la section de Plomeur ont déclaré accepter la séparation, si la délimitation réclamée par le conseil municipal était adoptée.
De l’avis de Monsieur le commissaire enquêteur proposant d’adopter un tracé qui laisserait à Plomeur les villages de Kersidal et Quélarun et maintiendrait au Guilvinec les villages de Kerléguer, Kerfriant et Prat an Illis.
Monsieur le Maire met aux voix ces propositions qui sont adoptées. Savoir :
1° – La séparation à l’unanimité,
2° – Délimitation des deux communes telle qu’elle est fixée par Monsieur le commissaire enquêteur à la majorité des trente et une voix contre six.
Fait et délibérée en Mairie à Plomeur, les jours, mois et an que dessus.
Le Maire,
Pierre-Jean LE CORRE
Source : http://www.plomeur.com/

CONSEIL GÉNÉRAL DU FINISTÈRE.
Demande d’érection de la section du Guilvinec (Plomeur) en commune
M. Voquer donne lecture du rapport suivant dont les conclusions sont adoptées :
« Messieurs,
Votre Commission des affaires diverses a été saisie de la demande en érection de la section du Guilvinec en commune.
Des documents soumis à l’appréciation du Conseil, il résulte un désir unanime exprimé par le Conseil municipal de la commune de Plomeur et accepté par la population du Guilvinec, d’obtenir cette séparation sollicitée par les deux éléments en présence, l’un essentiellement agricole qui est Plomeur, l’autre ne s’occupant que du produit de la mer, source de ses moyens d’existence.
L’importance du Guilvinec distrait de Plomeur, malgré les grandes difficultés qu’il éprouverait dans le commencement par la construction de ses édifices communaux et autres charges auxquels il sera urgent de pourvoir, laisse espérer qu’elles seront aplanies au moyen de ressources qui seront procurées en raison de la progression de son industrie et de l’augmentation de sa population.
D’après le rapport du commissaire-enquêteur, cette commune se composerait, si le projet est adopté, de onze villages qui sont : le Guilvinec, Pouliguénord, Stancou-Lin, Kerovénec, Moulin de Kergoz, Manoir de Kergoz, Rufoligou, Lanvar, Kerfriant, Kerléguer, plus Prat-an-Ilis, dont le propriétaire, qui n’y demeure pas, a voulu, pour des raisons de peu de valeur et qu’il s’est empressé d’abandonner sur les observations qui lui ont été faites après l’enquête de commodo et incommodo à laquelle il a été procédé régulièrement le 23 juillet dernier, résister à son annexion au Guilvinec. Dans ce cas, il n’était pas possible de faire la séparation des deux communes, puisque la seule église du Guilvinec qui est Saint-Trémeur, est située au milieu des dépendances de Prat-an-Ilis.
Cette création donnera au Guilvinec une population de 1 600 âmes avec l’espoir d’une augmentation rapide, en raison de l’importance de la pêche qui prend de jour en jour une plus grande extension.
Dans sa délibération du 12 de ce mois, le Conseil municipal, assisté des plus imposés, a adopté la délimitation proposée par la Commission syndicale, consultée à cet effet, et indiqué à l’extrait du plan cadastral de la commune de Plomeur, dressé par les soins de M. l’agent-voyer du canton de Pont-1’Abbé et annexé au dossier de cette affaire.
M. le Directeur des Contributions directes, consulté à cet égard, a émis un avis favorable à cette création ; d’ailleurs, le produit des impôts appelé à subir une diminution sur les tarifs des patentes et la taxe des chevaux et voitures pour les deux communes, n’aura d’effet que pour un temps limité à quelques années seulement. Par cette raison, l’accroissement rapide de la population du Guilvinec y ramènera le tarif actuel des patentes et compensera largement le déficit qui aura été éprouvé.
En considération de l’unanimité des intéressés dans l’expression de leur voeu, voulant assurer entre ces populations si différentes de moeurs et d’habitudes, des rapports amicaux de bon voisinage, votre Commission vous propose de voter l’érection en commune de la section du Guilvinec, qui devra prendre pour limites : à partir de l’étang de Saint-Trémeur, la ligne de délimitation serait la même que celle qui existe actuellement entre la section G du Guilvinec et celle de la section F de Kermathéano.
Elle se séparerait de cette dernière au point de rencontre de la route de Saint-Trémeur au bourg de Plomeur, traverserait cette route pour rejoindre, à hauteur du champ Parc-ar-Gloët, le chemin de fréquentation de Méjou Prat-an-Ilis. Elle suivrait ce chemin entre les parcelles marquées au cadastre sous les numéros 149 et 148 d’un côté et 75 de l’autre ; arrivée au Méjou, elle longerait, sur un parcours de 55 mètres, un fossé existant entre les parcelles numéros 73 et 74, passant entre les parcelles 94 d’un côté, 81 et 82 de l’autre, suivant sur une longueur de 160 mètres un sentier passant entre les parcelles 82 et 83 d’un côté, numéros 91, 90, 88, 84, 85 et 86 de l’autre, prendrait ensuite un nouveau sentier perpendiculaire au premier et passant entre les parcelles numéros 36 et 87 d’un côté, et celles numéros 970, 971, 972, 973, 974, 975, 976 et 978 de l’autre, aboutirait au chemin de Kerfriant à Kerarun, le suivrait sur une longueur de 30 mètres en allant du nord au midi et prendrait ensuite le chemin de Kerfriant à Tréffiagat jusqu’au pont nommé Toul-Car-Bras, situé à l’extrémité Est de la section de Guilvinec. »
Source : BNF Gallica
Finistère. Conseil général. Rapports et délibérations – Finistère, Conseil général. 1879

« Red eo miroud Bro Goz ! »

Bro Goz eo ur vag-chaluter kozh, ur « malamok », eus porzh ar Gelveneg, er Vro Vigouden.
Unan eus ar re ziwezhat. Bet fardet gant Emil Ar C’horr, Per Ar Beg hag ar charpantourien unvanet eus Lechiagat er bloavezh 1975. Echuet e labour pesketañ gant ar vag-se er miz du 2014. Aet eo Bernez Marechal, maestr ar vag, war e leve.

IMG_5499 Bro Goz

« Dao e vefe non pas zistrujañ Bro Goz, eme Jos Coïc, kabiten kozh listri Ifremer ha skrivagner. Gwelloc’h e vefe kas anezhan er vered-bagoù, ba Penn ar Ster, e Lechiagat, e kichen chanter e lec’h ma oa ganet ar vag. »
Dedenet gant istor ar peskerezh hag ar glad, Jos Coïc n’eus c’hoant sevel ur gevredigezh evit lakaat ar raktres-se da vont war-raok.

Pellgomz : 06 67 42 70 27 postel : j.coic@laposte.net

La grande librairie

« Où l’on découvre comment et pourquoi des événements et la lecture de Gargantua ont permis d’alimenter le moulin de Maître Alfricobus Nens »

Mai 68. J’ai 14 ans et je viens de vivre « les événements » avec mes amis tout au bout de la Bretagne de la Mer. Nous avons manifesté sur les quais du port du Guilvinec parmi 5000 personnes : marins-pêcheurs, paysans sur leurs tracteurs et même bonnes sœurs de l’Hôpital ! Pour la première fois de notre vie, nous avons chanté l’Internationale en défilant aux côtés de nos professeurs du Lycée.

Octobre 68. Je rentre en seconde. Le programme de français comporte l’étude de l’oeuvre de François Rabelais. Je vais dévorer Gargantua avec une gourmandise qui ne quittera plus désormais mes lectures.
Notre professeur, un homme profondément humain, engagé politiquement au PSU, va refuser ce trimestre-là une inspection qui devait avoir lieu pendant un de nos cours. Nous expliquant pourquoi il avait mis l’inspecteur à la porte, compromettant ainsi son avancement et la suite de sa carrière (il recevra d’ailleurs un blâme), il nous fera comprendre qu’il existe dans la vie d’autres valeurs que la hiérarchie et la soumission à l’ordre établi.

L’étude commentée de Gargantua tombe à pic et s’insère parfaitement dans ce contexte. J’ai alors pris conscience qu’une certaine dose d’imagination, d’esprit critique et d’« anarchisme rabelaisien » serait utile pour devenir acteur de la construction d’une « autre société » revendiquée après les « événements ». Ce fil conducteur nous permettrait également d’éviter de devenir de bons moutons de Panurge. (Le général, qui traita les Français de veaux, n’avait sans doute jamais lu Rabelais.)

Le programme des réjouissances de l’abbaye de Thélème et son « Fais ce que voudras » nous entrouvrent alors une fenêtre sur des plaisirs terrestres – dont l’existence nous apparaissait en filigrane – à ne pas négliger, tout comme le rire et l’humour.
Notre avenir commence vraiment et, grâce à la lecture, un rayon de liberté s’offre à nous pour toute la vie.
N’en déplaise aux détracteurs de Maître Alfricobus Nens !

Texte présenté au jeu d’écriture « Le livre qui a changé votre vie » proposé par François Busnel aux fidèles de l’émission « La Grande Librairie » sur France 5.